“Les couleurs, les ombres” – from The Constantino mansion

Parfois les plus beaux textes n’ont pas de maison ouverte au public – j’héberge donc celui-ci ici et en profite pour dire combien il m’a touché :

Thomas Mery: les couleurs, les ombres.

Écouter le dernier album de Thomas Mery c’est accepter une immersion dans un monde de sensations volatiles aussi déroutantes que séduisantes.

Un monde où paroles et musique se mélangent en une même matière .Là où les mots deviennent mélodie, silence, respiration , les instruments répondent par des cris, plaintes, salves de mitraille ou de gouttes de pluie.

Le titre de l’album Les couleurs, les ombres ne suffit pas à donner toute l’étendue de cet univers intimiste et troublant . Pour Thomas Mery tout est couleur, jusqu’à l’air que l’on respire, et l’ombre en est le prolongement, le double .

Les couleurs agressent , dérangent .Le sirop trouble le verre d’eau pure, le soleil rend nécessaire la présence d’apaisantes persiennes. L’ombre est un refuge. Les murs protègent.

Et ils enferment aussi. La couleur redevient délivrance, verte vallée ou blue pasture. C”est au tour de l’ombre de se faire menaçante. Elle donne du relief aux dents blanches du loup,à la noirceur des ronces et des buissons .

Dualité des couleurs et des ombres. Du rêve et de la réalité. Du dedans et du dehors. Univers fracturés, instables et mouvants .Lumière aveuglante et obscur contrejour.

Je ne voyais rien. Cri d’impuissance d’un être qui veut retrouver la transparence, la pureté de la fleur blanche . Fuir ailleurs, dans un double de soi-même. Etre un autre ou être l’ Autre. Regarder tes gestes et ne plus réfléchir, accepter de regarder comme toi, te regarder toi, faire comme toi .

Nouveau mirage et nouvel aveuglement. Impossible fusion de mon rien contre le tien . Vanité du dialogue quand même les rêves sont muets. Reste l’errance solitaire dans l’infini des ombres intérieures.

Et l’infini de la musique, qui enfle comme un mal de crâne, meurt dans un souffle d’air, telle une vague brisée dans un océan où il est si facile de se perdre, et souhaitable sans doute !

Une musique toujours en mouvement . Dans ça, elle nous encercle comme une corne de brume . Et nous voici plongés dans une atmosphère à la Turner, dans un brouillard où tout bouge mais où nous restons figés dans notre immobile impuissance.

Une musique graphique et suggestive . La guitare nerveuse et sensible de Thomas rythme des mélodies que de superbes arrangements déconstruisent et reconstruisent sans fin. On a envie de crier en écho à la guitare « desperada » de Miguel Constantino dans le mal nommé En silence. On se sent l’âme exaltée par la beauté des cuivres de Jérôme Lorichon et Stéphane Bouvier dans Ou de la pluie.

Et encore ….Mais aussi …..jusqu’au vertige, jusqu’à la confusion des sons, des mots ,des sens.

Nadine Constantino . From the mansion. 8Juin 2011.