A propos de ‘Des larmes mélangées de poussière’ @Constantino Mansion   Share

Au manoir Constantino, à Quimperlé, l’écoute de Des larmes mélangées de poussière a été attentive. Nadine a écrit un très beau texte sur ses impressions, je le partage ici avec sa permission et c’est aussi pour dire merci.

“Thomas Mery c’est d’abord une voix, remarquable. Je me souviens avec bonheur de cette époustouflante reprise du Running up that hill de Kate Bush à laquelle il insuffle une lyrique magnificence.


Et quand Thomas Mery met sa voix au service de ses propres compositions, elle se fait guitare, violon, ou simple souffle vibrant tel un roseau sous le vent, une voix  dont les intonations et le timbre varient selon les mots et les langues, choisies précisément en fonction de la musicalité qu’elles dégagent.


Limité à  trois morceaux comme pour mieux nous laisser sur notre faim, le nouvel EP de Thomas Mery nous emporte dans une balade onirique avec, pour décor, un  monde sans horizon où les déplacements d’air et d’objets brouillent encore un peu plus les repères visuels d’un univers mouvant et instable. Un décor de jeu vidéo qui abolirait la frontière entre le rêve et la réalité, un espace virtuel où Thomas, à la fois guide et héros, nous  déplace dans le vide de sa propre errance et nous dit  la difficulté à donner un sens aux choses et aux mots.


C’est une ode à l’instant et à l’insaisissable . L’homme, muré dans sa solitude, est le seul élément statique d’un monde qui bouge sans cesse  et qui n’a plus grand chose à offrir à ce « combattant des ténèbres » dont le regard est aveuglé autant par l’ombre que par la lumière. Thomas Mery chante l’angoisse  de celui qui craint que le sol ne se dérobe sous ses pas, que la terre accablée, violée, abimée, ne se désintègre pour de bon. Et comment pourrait-il apprécier les dernières flamboyances de cet univers au bord de l’ implosion quand il lui faut, pour voir son chemin,  « arracher les feuilles des arbres à mesure qu’il se fait plus sombre » ?

Pourtant, à ce chaos que révèle le verbe, s’oppose et se mèle, en une symbiose paradoxale, un accompagnement  musical doux et harmonieux, tout en élégance et retenue, comme une mélopée destinée à charmer les serpents ou une berceuse qui tiendrait les cauchemars éloignés, ouvrant la voie à un «  sono tranquilo ».

La musique de Thomas Mery fait corps avec le rythme de sa pensée, de sa respiration, de ses vertiges et de ses silences. Elle sert d’écrin aux mots, donne de la couleur aux images, redessine les paysages en atténuant la brutalité de leur contour.

Mery, musicien allègre et optimiste, adoucit et apprivoise Thomas dont l’imaginaire flirte parfois avec celui d’un apôtre millénariste prédisant l’apocalypse. Une cohabitation aussi troublante que séduisante qui nous ramène à une ambivalence universelle. Troubadour d’un Nouvel Age globalisé, Thomas Mery  est l’héritier d’ une inspiration poétique qui n’a pas changé depuis Ronsard et qui dit la fuite du temps,la difficulté d’être, la  lumière et l’ombre, la solitude dans l’amour.

Il le dit avec les mots d’aujourd’hui qui sollicitent un imaginaire collectif désormais familiarisé avec le langage visuel et sonore des mondes virtuels. Il le dit mais surtout il le chante, sincère et pudique,vrai jusque dans les moindres maladresses du texte ou de la voix . Et c’est peut-être parce rien n’est factice chez Thomas Mery qu’il nous envoûte autant.”

Nadine Constantino 2 février 2010

Commander Des larmes mélangées de poussière


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